De la domination extraits

De la domination extraits

La femme est aussi un leader naturel :
« En réalité, la considération que la femelle est une ressource est réductrice, parce que, d’une part, elle fait fi
du fait qu’elles choisissent, dans de nombreux cas, les “chefs” ou que ce sont elles qui font des mâles des reproducteurs,
et donc des dominants, et parce que, d’autre part, dans certains groupes, comme chez les hyènes,
ce sont elles qui dominent les mâles. Le système de hiérarchie cadre alors assez mal avec la supposition d’une
faiblesse intrinsèque des femelles dans le monde animal. »

Une remise en question du darwinisme :
« Les recoupements entre la sphère socio-économique et la sphère biologique sont légion : de même que, pour
Malthus, les plus pauvres et les plus faibles doivent disparaître, de même, pour Darwin, les moins adaptés et
les moins aptes biologiquement sont destinés à s’éteindre. »
« Or, il est clair que le néo-darwinisme escamote la question cruciale, au plan philosophique, de savoir quelle
est la définition d’un bon gène, quelle est la signification d’une bonne santé, puisque l’idée même de “bon” ou
de “mauvais”, loin d’être de nature descriptive, est d’ordre prescriptif ou axiologique. »
« D’une manière générale, l’organisation sociale des animaux s’avère bien plus complexe qu’un soi-disant système
hiérarchique linéaire, et comporte de multiples variations de relations entre individus. […] Chez le cheval
ou chez de nombreux singes par exemple, il ressort des observations qu’il n’existe pas de hiérarchie linéaire,
mais un système très flexible de relations circulaires, ce qui signifie que l’animal alpha peut dominer l’animal
bêta, que l’animal bêta peut dominer l’animal gamma, qui peut, quant à lui, exercer sa dominance sur l’animal
alpha sans construction de rangs de hiérarchie bien définie, y compris chez les poules. »

Les normes sexuelles :
« Le prétendu gène de la fidélité conjugale recouvre des préjugés moraux, puisqu’on stipule d’emblée, sans
autre forme de procès, qu’il s’agit d’une qualité naturelle, alors même qu’il pourrait témoigner au contraire, si
tant est qu’il existât, d’une impossibilité constitutive de plaire aux autres individus ou de faire preuve d’imagination
dans le registre relationnel. »
« Sur le plan de la sexualité et de la reproduction, rien n’indique que les comportements des animaux se fondent
sur des normes naturelles. En lieu et place de normes, la nature se présente, sous bien des aspects, hétérogène,
et tout particulièrement sous la forme d’une diversité des attitudes régulées par les réactions que celles-ci
entraînent. »
« Le désir se fonde ainsi sur la seule appréciation qu’avec le partenaire singulier, la sexualité échappe à une
liaison consanguine. Comme les traits séduisants prévalent sur la reproduction, il s’ensuit que les animaux
s’engagent librement dans des relations amoureuses, et cela sans exigences reproductrices comme le souligne
la théorie du libre choix. Et comme tous les êtres vivants privilégient d’abord la recherche de la différence, le
nombre de leurs partenaires potentiels n’est jamais restreint, contrairement à ce qu’affirme le néo-darwinisme,
à un seul individu possédant les meilleurs gènes. […]
Ainsi, le vivant n’élimine pas, tant s’en faut, la possibilité des pratiques homosexuelles, et des cygnes peuvent
être homosexuels et même adopter des poussins d’une femelle. Cela démontre que le désir d’une relation amoureuse
avec un partenaire précède toujours le dessein de reproduction. »

L’agressivité et la prédation chez l’animale n’est pas un signe de méchanceté :
« L’acte prédateur n’est chez les animaux associé à aucune affectivité de haine ou de vengeance, il répond seulement
à un besoin vital de se nourrir, et découle d’un long apprentissage. Si le prédateur apprend à mettre à
mort, à dépecer, à dévorer, il le fait sans agressivité. Le léopard et le pinson n’éprouvent aucune haine en capturant
leur proie, pas davantage que le parasite qui nous infecte, et ces activités résultent simplement de l’histoire
des relations que chacun développe dans son environnement propre. De la même manière, l’humain ne
conçoit aucune animosité en consommant un poisson ou un steak. »
«Nombres d’animaux essayent d’opposer à la menace la force du désespoir en chargeant le chasseur, témoignant
par-là davantage de courage que d’animosité. De même, le serpent venimeux ne fait pas autre chose que se défendre,
lorsqu’il mord un humain, ce qui le conduit à perdre son venin très précieux pour plusieurs jours. »